Des portiques à Lille : la solution contre la fraude ?
- 12 déc. 2017
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Jeudi 30 novembre, c’est en grande pompe qu’ont été inaugurés les premiers portiques antifraude du métro du réseau Transpole à la gare Lille-Europe. Présents -Damien Castelain, président de la Métropole européenne de Lille (MEL), Gérald Darmanin, son vice-président en charge de la sécurité dans les transports et actuel Ministre de l’Action et des Comptes publics ainsi que Michel Lalande, préfet du Nord - ont salué cette avancée dans la guerre anti-fraude engagée depuis 2014.
En octobre 2014, le tout nouveau vice-président de la MEL se rendait à Lyon en quête d’inspiration pour faire face aux fraudeurs. Le taux de fraude s’élevait alors à 18,3% en 2014 et 14,4% en 2015. Malgré la baisse de 3,9 points, la MEL rappelle dans un communiqué qu’un point de fraude représente environ 800 000 € de pertes de recettes annuelles pour l’exploitant (soit 14 640 000 euros de pertes sur l’année 2014 par exemple).
En avril 2015, le Conseil de la MEL acte l’installation de portiques dans 7 stations de métro de Lille d’ici 2018 : les Gares Lille Flandres et Lille-Europe, République, Porte de Douai, Porte des Postes, Eurotéléport et Tourcoing Centre. Toutes ces stations constituent des pôles très fréquentés et par conséquent un enjeu de taille pour la métropole, enjeu tant économique que sécuritaire. En effet, les recettes réalisées par la vente des titres de transports ne représentent pas un profit pour le réseau qui les réinjecte dans l’exploitation, la maintenance et la rénovation des infrastructures et services. L’autre argument énoncé est celui de l’insécurité croissante dans le métro. Parmi les stations concernées par l’installation des premiers portiques, trois sont considérées comme étant celles où les voyageurs se sentent le plus en insécurité, selon un sondage réalisé au mois de mai 2015 par Transpole et révélé par la Voix du Nord. Porte des Postes remporte la première place avec 16,5 % suivie d’Eurotéléport et Gare Lille-Flandres qui s’en sortent avec respectivement 13,9 % et 10,9 % des suffrages. D’autres chiffres donnent raison à ce sentiment d’insécurité partagé par une majorité
d’usagers. En 2011 et 2012, les atteintes physiques aux voyageurs avaient augmenté de 15%, hausse qui s’était poursuivie dans le courant de l’année 2013. Parallèlement, le réseau connait une baisse du nombre de voyageurs de 17 millions par rapport à 2012 (pour un ordre d’idée, le métro est fréquenté par 112 000 millions de voyageurs en 2017). Le réseau est alors doublement perdant: la fraude entraîne des pertes financières dans un contexte économique déjà défavorable aux transports publics urbains et l’insécurité entraîne une perte de confiance des usagers en leurs transports jusqu’à
un rejet total de leur utilisation par certains.
En 2016, la MEL annonce que le taux de fraude est encore en baisse, moins 1,5% par rapport à 2015. Un score non-atteint depuis 1995 qui est le fruit de la multiplication des contrôles, des campagnes de pub et des opérations coup de poing menées dans les stations de métro avec la police nationale. Malgré l’installation de portiques anti-fraude, Transpole ne compte pas s’arrêter là. En mai dernier, Damien Castelain a demandé son soutien au ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, dans le but de mener son projet d’une « véritable police métropolitaine des transports ». Un projet qui se retrouve actuellement bloqué par des obstacles juridiques. Ce n’est plus une partie de cache-cache qui se jouent alors entre les fraudeurs et la métropole mais une véritable guerre annoncée. Pourquoi ?
Il est possible que la MEL ait conscience que ce ne sont pas le 1,80m des portiques qui arrêteront les fraudeurs. La ville de Lyon qui avait inspiré Gérard Darmanin illustre cette victoire en demi-teinte. Si le réseau lyonnais (TCL) avait vu son taux de fraude baisser de moitié suite à la mise en place de portiques d’accès sécurisé en 2005, cette dernière n’a pas pour autant disparu. Les Lyonnais ont l’habitude de laisser sur les portiques de sortie leur ticket encore valide (un ticket est valable 1h). Pour des raisons purement matérielles, Transpole ne pourrait être concerné par le même schéma, les tickets Pass Pass étant rechargeables. Mais c’est que les Lillois et les Français en général ne manquent pas d’ingéniosité en matière de fraude.
La fraude semble être un sport typiquement français si l’on s’en réfère aux chiffres et à Michel Onfray. Une étude internationale réalisée sur des données de 2008 et 2009 note que le taux de fraude des réseaux de bus urbains des grandes agglomérations occidentales atteignait en moyenne 3,1%. La France, elle, se place bien au-dessus de la moyenne avec un taux de 8,9% à Paris, le pire, tandis que New York (2,18%), Bruxelles (1,9%), Londres (1%) ou Singapour (0,089%) sont bien loin derrière. On ne peut expliquer cet écart par un argument économique. Au prix de 1,80 euro le ticket parisien ou encore 1,60 euro le ticket lillois, les réseaux de transports en commun français sont bien plus abordables que ceux de nos voisins européens: Bruxelles (2,10 euros), Berlin (2,70 euros) ou Londres (3 euros). Pour autant, la fraude reste moins importante hors de l’Hexagone et cela n’est pas nécessairement dû à des dispositifs matériels dissuasifs. A
Berlin, le métro (U-Bahn) et le RER (S-Bahn) sont encore libres d’accès, toujours aucun portique en vue…
Cette passion des français pour la transgression ne s’arrête pas à la fraude. Les piétons français aiment traverser au rouge, par exemple, comme si la route leur appartenait. C’est cette idée que défend Michel Onfray. Les Français, en tant que contribuables, « estiment (aussi) que les transports publics leur appartiennent : s'ils n'ont pas payé leur billet, ils ne volent personne ! ». Cette réflexion s’ancre dans la tradition catholique de la France à la différence des pays protestants comme l’Allemagne où « on est redevable de ce qu'on fait parce qu'on entretient un rapport direct à Dieu ». La fraude s’expliquerait alors par le sillage de la religion catholique ?
Quoi qu’il en soit, ce rapport conflictuel des Français avec la loi prend place dans un contexte de tensions croissantes entre les citoyens et les forces de l’ordre. Les agressions mutuelles entre les deux partis sont en augmentation. Alors la question se pose : installer des portiques dans le métro de la métropole lilloise, est-ce la solution ? N’y a-t-il pas un risque que le message soit interprété comme l’expression d’un paternalisme exacerbé de la part des autorités ? Si fraude il y a ce n’est pas par pur plaisir, si zoneurs il y a dans le métro ce n’est pas sans raison…
Sources d'information
> http://www.lavoixdunord.fr/archive/recup/region/des-portiques-dans-le-metro-lille-lorgne-lemodele-lyonnais-ia19b0n2458106
> http://www.lavoixdunord.fr/271928/article/2017-11-30/les-premiers-portiques-anti-fraude-dumetro-inaugures-ce-jeudi-lille-europe
> https://actu.fr/hauts-de-france/lille_59350/transports-la-fraude-a-baisse-de-10-dans-la-metropolelilloise_6610520.html
> http://www.lavoixdunord.fr/165672/article/2017-05-20/nouvelle-baisse-de-la-fraude-sur-le-reseautranspole-les-portiques-d-acces
> http://www.lavoixdunord.fr/archive/recup:/region/insecurite-en-hausse-dans-le-metro-a-lille-laia19b0n1903793
> http://www.bfmtv.com/societe/les-agressions-contre-les-forces-de-l-ordre-ont-augmenteen-2013-841651.html
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